Réponse courte : Vous avez des recours, et ils sont gratuits. Commencez par documenter les faits, puis suivez la procédure de plainte scolaire en trois étapes qui mène au Protecteur régional de l’élève. En parallèle — ou par la suite — vous pouvez porter plainte pour discrimination à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), qui a jusqu’à trois ans pour recevoir votre plainte. La loi protège votre enfant et vous-même contre les représailles. Le reste de ce guide explique chaque étape, les délais, et les erreurs à éviter.
Reconnaître le profilage racial en milieu scolaire
Le profilage racial, c’est le fait de traiter une personne différemment — de la surveiller, de la punir, de la soupçonner ou de l’exclure — à cause de sa couleur de peau, de son origine ethnique ou de sa religion, plutôt qu’à cause de son comportement réel. À l’école, cela peut prendre plusieurs formes : sanctions disciplinaires plus sévères pour un même geste, fouilles ciblées, remarques sur l’origine ou l’accent, exclusion d’activités, orientation systématique vers des classes moins exigeantes, ou refus de prendre au sérieux les signalements d’intimidation à caractère raciste.
Le profilage n’est pas toujours intentionnel. Il peut résulter de préjugés inconscients ou de règles appliquées de façon inégale. Cela ne le rend pas acceptable pour autant : la Charte des droits et libertés de la personne interdit la discrimination fondée sur la race, la couleur et l’origine ethnique ou nationale, y compris à l’école.
Deux recours possibles (vous pouvez utiliser les deux)
1. La procédure de plainte scolaire, qui aboutit au Protecteur national de l’élève et à ses protecteurs régionaux. Ce recours vise à corriger la situation dans l’école et à améliorer les services. Il fonctionne comme un ombudsman : l’objectif n’est pas de trouver un coupable, mais de régler le problème et de formuler des recommandations à l’établissement.
2. La plainte pour discrimination à la CDPDJ. Ce recours vise la reconnaissance d’une atteinte à vos droits et peut mener à des réparations. Il est distinct de la procédure scolaire et peut être exercé en parallèle. (Voir notre guide dédié sur la CDPDJ.)
Les étapes de la plainte scolaire, dans l’ordre
La procédure comporte au plus trois étapes. On commence habituellement par la première.
-
Étape 1 — La personne concernée ou son supérieur immédiat. Adressez-vous d’abord à la personne visée par la situation (l’enseignant, le surveillant, la direction) ou à son supérieur immédiat. Exposez clairement le problème et ce que vous attendez comme correctif. L’établissement dispose d’un délai de 10 jours pour traiter la demande.
-
Étape 2 — Le responsable du traitement des plaintes. Si vous n’êtes pas satisfait de la réponse, ou si le délai de 10 jours n’a pas été respecté, adressez-vous au responsable du traitement des plaintes de votre centre de services scolaire (CSS), de la commission scolaire ou de l’établissement d’enseignement privé.
-
Étape 3 — Le Protecteur régional de l’élève. Si vous demeurez insatisfait, vous pouvez saisir le Protecteur régional de l’élève. Il est indépendant et neutre. Il vous assistera dans la rédaction écrite de votre plainte et dispose de 20 jours ouvrables pour l’examiner, enquêter et rendre ses conclusions, qui peuvent comprendre des recommandations à l’école ou au CSS. Ensuite, le Protecteur national de l’élève a 5 jours ouvrables pour décider s’il examine lui-même le dossier; s’il le fait, il a 10 jours ouvrables de plus pour analyser et, au besoin, modifier les conclusions.
Cas particulier — violence à caractère sexuel : un signalement de violence à caractère sexuel peut être fait directement au Protecteur régional de l’élève, sans passer par les deux premières étapes. Ces dossiers sont traités en urgence et de façon confidentielle.
Comment déposer la plainte scolaire
- Formulaire en ligne : pne.gouv.qc.ca/formulaire
- Vous pouvez aussi choisir le mode de communication qui vous convient le mieux; le protecteur vous aidera à formuler la plainte par écrit.
- La plainte peut être déposée par l’élève ou par son parent.
Les délais et les documents nécessaires
- Plainte scolaire : l’étape 1 doit être traitée en 10 jours; le Protecteur régional a 20 jours ouvrables pour ses conclusions. Il n’y a pas de délai de prescription strict comme pour la CDPDJ, mais n’attendez pas : agir rapidement facilite la collecte des preuves.
- Plainte à la CDPDJ (discrimination) : vous avez trois ans à compter de l’incident. Le traitement d’une plainte y prend en moyenne 15 mois.
- Documents à rassembler et à conserver :
- un journal des incidents (dates, lieux, personnes présentes, ce qui a été dit et fait);
- les courriels et messages échangés avec l’école;
- les avis disciplinaires, bulletins ou notes au dossier;
- le nom des témoins (autres élèves, parents, membres du personnel);
- toute preuve écrite de traitement différent entre votre enfant et d’autres élèves.
Soutenir votre enfant pendant les démarches
Une plainte peut prendre des semaines, parfois des mois. Pendant ce temps, votre enfant continue de fréquenter l’école, et c’est lui qui vit la situation au quotidien. Prenez le temps de lui expliquer, dans des mots adaptés à son âge, que ce qui lui arrive n’est pas de sa faute et que des adultes travaillent à corriger la situation. Rassurez-le sur le fait que porter plainte est un geste normal et légitime, pas une source de honte.
Restez attentif aux signes de détresse : perte d’intérêt pour l’école, chute des résultats, troubles du sommeil, repli sur soi. Au besoin, demandez le soutien d’un professionnel — le personnel des services complémentaires de l’école (psychologue, travailleur social, psychoéducateur) peut aider, tout comme les ressources communautaires. Documenter l’impact sur votre enfant est aussi utile pour votre dossier, notamment si vous portez plainte à la CDPDJ.
Enfin, cherchez des alliés. D’autres parents ont peut-être vécu des situations semblables, et un témoignage extérieur renforce souvent une plainte. Un organisme communautaire peut vous mettre en lien avec ces ressources et vous accompagner dans la durée.
Ce qu’il ne faut pas faire
- Ne gardez rien à l’oral seulement. Après chaque rencontre ou appel avec l’école, envoyez un court courriel récapitulatif (« Pour faire suite à notre conversation d’aujourd’hui… »). Cela crée une trace écrite datée.
- Ne sautez pas les étapes sans raison. Sauf pour la violence à caractère sexuel, la procédure prévoit de commencer par l’école. Sauter directement à la fin peut retarder le traitement. En revanche, vous pouvez toujours ouvrir en parallèle une plainte à la CDPDJ.
- Ne laissez pas la peur des représailles vous arrêter. La Loi sur le Protecteur national de l’élève protège l’élève, le parent et toute personne qui accompagne ou collabore contre les représailles et les menaces de représailles.
- Ne minimisez pas l’impact sur votre enfant. Prenez au sérieux les signes de détresse (retrait, chute des résultats, refus d’aller à l’école) et cherchez du soutien pour lui.
- Ne restez pas seul face à l’établissement. Vous avez le droit d’être accompagné dans vos démarches, et cela change souvent le rapport de force.
- N’oubliez pas le double recours. La procédure scolaire corrige la situation; la CDPDJ fait reconnaître l’atteinte aux droits. Les deux sont complémentaires.
LAKAY peut vous accompagner
Défendre son enfant devant une institution scolaire peut être épuisant, surtout dans un système qu’on connaît mal ou dans une langue qui n’est pas la sienne. LAKAY accompagne gratuitement et en toute confidentialité les familles immigrantes et racisées de Repentigny et de Lanaudière. Nous pouvons vous aider à documenter les incidents, à rédiger vos communications avec l’école, à comprendre les trois étapes, à remplir le formulaire du Protecteur de l’élève et, au besoin, à préparer une plainte à la CDPDJ.
LAKAY
818, rue Notre-Dame, bureau 202, Repentigny (Québec)
Téléphone : 514 532-0484
Site web : lakaymedia.org
Facebook : facebook.com/lakayrepentigny
Demandez notre service d’accompagnement aux droits.
Ce guide fournit de l’information générale sur le droit en vigueur au Québec. Il ne remplace pas un avis juridique adapté à votre situation. Pour des conseils sur un dossier précis, consultez un avocat ou communiquez avec LAKAY.
