Rapport : l’inertie municipale face au profilage racial à Repentigny (2017-2021)
Rédigé par LAKAY, en collaboration avec l’Observatoire des profilages de l’Université de Montréal (Céline Bellot, directrice, et Félix Antonio Molina Vasquez, auxiliaire de recherche). Publié en octobre 2021.
Résumé
Ce rapport retrace cinq années de profilage racial à Repentigny, de 2017 à 2021, du point de vue des personnes qui en ont fait l’objet. Il documente à la fois les situations vécues par des résidentes et résidents noirs — le plus souvent reconnues par les tribunaux — et l’inertie répétée de la Ville de Repentigny et de son service de police à reconnaître le problème et à y mettre fin.
Construit à partir des dossiers médiatisés et judiciarisés, le rapport constitue, selon ses auteurs, « la pointe de l’iceberg » : les recherches montrent à quel point les personnes victimes de profilage racial peinent à dénoncer ces situations. Il paraît quelques mois après la mort de Jean-René Junior Olivier, homme noir en détresse abattu par des policiers de Repentigny le 30 juillet 2021, événement qui a marqué un tournant tragique dans ce dossier.
Sa conclusion est sans appel : malgré l’accumulation des situations, leur médiatisation et leur reconnaissance par les tribunaux, la Ville et son service de police ont longtemps nié l’existence de pratiques de profilage racial sur leur territoire.
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Chiffres clés
- 3 fois plus — les personnes noires sont interpellées trois fois plus souvent que les personnes blanches à Repentigny, selon le rapport de recherche commandé par le service de police lui-même (Armony, Hassaoui et Mulone, 2021).
- 5 années documentées — de décembre 2017 à juillet 2021.
- 80 000+ habitants — Repentigny, 13e ville la plus populeuse du Québec, dont une population issue des communautés noires, arabes, latino-américaines et asiatiques en croissance.
- 9 plaintes dès 2019 — après six dossiers de profilage médiatisés en 2018, le compte atteignait déjà neuf plaintes pour la seule année 2019.
- Des jugements en faveur des plaignants — les tribunaux ont reconnu le profilage racial dans plusieurs dossiers et octroyé des dommages (jusqu’à 12 000 $ à chacun des deux enfants dans une affaire, plus 9 000 $ de dommages moraux).
- Surinterpellation des jeunes Noirs le soir — conclusion centrale du rapport de chercheurs commandé par le Service de police de la Ville de Repentigny.
Méthodologie
Le rapport s’appuie sur une trame historique (2017-2021) reconstituée à partir de sources publiques : articles de journaux de Montréal et de Repentigny, décisions de tribunaux et d’instances de déontologie policière, communiqués et documentation des mobilisations menées par LAKAY.
Cette approche croise deux récits parallèles :
- d’un côté, les expériences de profilage racial vécues et dénoncées par des citoyennes et citoyens, ainsi que leurs conséquences psychologiques, sociales, familiales et financières ;
- de l’autre, les réponses de la Ville et de son service de police — le plus souvent le déni de l’existence d’un problème, ou sa réduction à un simple enjeu de relations interculturelles.
Les auteurs précisent que le document ne prétend pas à l’exhaustivité : reposant sur des témoignages publicisés, il ne capte qu’une fraction d’un phénomène largement sous-déclaré. Le cadre conceptuel s’appuie sur la définition du profilage racial reconnue par les tribunaux québécois, formulée par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ, 2005), ainsi que sur la littérature scientifique sur le caractère systémique de ces pratiques.
Une chronologie de dénonciations et d’inertie
- Décembre 2017 — LAKAY organise un premier rassemblement contre le profilage racial dans un centre récréatif de Repentigny. Un « trop c’est trop » exprimé notamment par des citoyens d’origine haïtienne.
- Avril 2018 — LAKAY revient avec des contre-propositions concrètes au service de police.
- 22 septembre 2018 — première manifestation publique devant l’Hôtel de Ville de Repentigny.
- Décembre 2018 — un reportage du Devoir révèle une décision de tribunal accordant des dommages à une famille pour profilage racial.
- 2019 — multiplication des plaintes et des actions collectives ; neuf plaintes recensées pour la seule année.
- Septembre 2020 — mobilisation devant le bureau de la députée à L’Assomption.
- 2021 — LAKAY et la Clinique juridique de Montréal-Nord lancent des ateliers sur le profilage racial destinés aux communautés noires.
- 30 juillet 2021 — Jean-René Junior Olivier, homme noir en détresse, est abattu par des policiers de Repentigny.
- Octobre 2021 — publication du présent rapport, à quelques semaines des élections municipales.
Pourquoi ce rapport compte
Repentigny n’avait jamais fait l’objet d’une recherche approfondie sur le profilage racial du point de vue des personnes concernées. En reconstituant méthodiquement cinq années de faits, ce rapport comble ce vide et fournit aux chercheurs, aux journalistes, aux étudiants et aux décideurs une base documentée pour comprendre la situation et exiger des changements.
Pour LAKAY, faire reconnaître l’existence du profilage racial à Repentigny et y mettre fin n’est pas une démarche militante mais l’expression d’un attachement à l’état de droit, qui garantit à chaque personne l’égalité de traitement dans ses interactions avec les services publics.
Citer ce rapport : LAKAY Média, en collaboration avec l’Observatoire des profilages (Université de Montréal), L’inertie municipale face au profilage racial à Repentigny : 2017-2021, octobre 2021.
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