Chaque rentrée ramène son lot d’espoirs et d’inquiétudes. Pour beaucoup de familles immigrantes et racisées de Repentigny et de Lanaudière, elle ramène aussi une question qui ne devrait pas exister : mon enfant sera-t-il traité avec équité cette année? Cette appréhension n’est pas de la paranoïa. Elle repose sur des expériences réelles, documentées, vécues par des parents d’ici. La bonne nouvelle, c’est que la loi est de votre côté, et que connaître vos droits change concrètement le rapport de force. Voici l’essentiel à avoir en tête pour aborder l’année scolaire.

Le droit fondamental : une éducation sans discrimination

Au Québec, la Charte des droits et libertés de la personne interdit la discrimination fondée sur la race, la couleur, l’origine ethnique ou nationale et la religion, y compris dans l’accès aux services éducatifs et dans la façon dont ces services sont rendus. Concrètement, votre enfant a le droit d’apprendre dans un environnement où il n’est ni surveillé de plus près, ni puni plus sévèrement, ni orienté vers des parcours moins exigeants, ni ridiculisé à cause de son origine, de son nom, de son accent, de sa religion ou de la texture de ses cheveux.

Cela vaut pour les gestes visibles comme pour les décisions plus discrètes : une sanction disciplinaire disproportionnée pour un même comportement, une fouille ciblée, un commentaire répété sur les origines, l’exclusion d’une activité, ou le refus de prendre au sérieux un signalement d’intimidation à caractère raciste. La discrimination n’a pas besoin d’être intentionnelle pour être interdite : ce qui compte, c’est l’effet sur l’enfant.

Le droit à l’information et à la participation

Vous avez le droit de comprendre ce qui se passe dans le parcours de votre enfant et de participer aux décisions qui le concernent. Si le français n’est pas votre langue première, n’hésitez pas à demander un accompagnement ou un interprète lors des rencontres importantes (plan d’intervention, mesures disciplinaires, orientation). Une décision prise sans que vous ayez pu comprendre et vous exprimer est une décision à laquelle vous pouvez vous opposer.

Vous avez aussi le droit de consulter le dossier scolaire de votre enfant, de demander des explications sur une note au dossier, une suspension ou un classement, et d’obtenir ces informations par écrit. Prenez l’habitude de demander les communications importantes par courriel : cela crée une trace datée, utile si un désaccord survient.

Le droit à des services adaptés

Un enfant nouvellement arrivé a droit à des services d’accueil et de francisation. Un enfant ayant des besoins particuliers a droit à une évaluation et à un plan d’intervention. Méfiez-vous d’un piège fréquent : des difficultés liées à l’apprentissage d’une nouvelle langue ou à un choc culturel sont parfois interprétées à tort comme des troubles de comportement ou d’apprentissage. Vous pouvez demander qu’une évaluation tienne compte du parcours migratoire et linguistique de votre enfant, et demander un deuxième avis si un classement vous semble injuste.

Reconnaître le profilage en milieu scolaire

Le profilage, à l’école, prend rarement la forme d’une insulte ouverte. Il se glisse plutôt dans les écarts : deux élèves font la même chose, un seul est envoyé chez la direction. Un adolescent racisé est soupçonné le premier quand quelque chose disparaît. Un enfant est décrit comme « agressif » ou « intimidant » pour des comportements qu’on trouverait anodins chez un autre. Pris isolément, chaque épisode peut sembler mineur. C’est leur accumulation qui dessine un traitement inéquitable.

Si vous percevez ce schéma, fiez-vous à votre observation, mais documentez-la. Tenez un journal : dates, faits précis, paroles rapportées, noms des personnes présentes, et surtout les cas où votre enfant a été traité différemment d’autres élèves dans une situation comparable. Ce sont ces comparaisons qui donnent du poids à une plainte.

Codes vestimentaires, cheveux et signes religieux

Une source fréquente de tension à la rentrée concerne l’apparence. Retenez un principe : un code vestimentaire doit s’appliquer de façon égale à tous les élèves. S’il vise, dans les faits, surtout certains élèves — par exemple en interdisant des coiffures associées aux cheveux afro (tresses, locs, foulards) ou en jugeant « inappropriée » une tenue qui ne l’est pas chez d’autres — il peut devenir discriminatoire. La texture et la coiffure des cheveux font partie de l’identité, et un enfant ne devrait jamais être humilié ou puni pour cela.

Sur le plan religieux, il faut distinguer deux choses. La loi québécoise sur la laïcité de l’État encadre le port de signes religieux par certains membres du personnel en position d’autorité — pas par les élèves. Vos enfants conservent le droit de porter des signes religieux à l’école, et l’établissement a une obligation d’accommodement raisonnable pour les pratiques religieuses (par exemple pour certaines fêtes ou certains besoins alimentaires), tant que cela n’impose pas de contrainte excessive. Si on vous oppose un refus, demandez-le par écrit et faites-vous accompagner : un refus mal fondé peut être contesté.

Si une situation vous préoccupe : la marche à suivre

Si une situation vous préoccupe, la marche à suivre commence toujours par le dialogue avec l’école, puis monte par étapes.

  1. Parlez à la personne concernée ou à son supérieur (l’enseignant, puis la direction). Exposez le problème clairement et par écrit, et indiquez ce que vous attendez comme correctif. L’établissement dispose d’un délai pour répondre.

  2. Adressez-vous au responsable du traitement des plaintes de votre centre de services scolaire si la réponse ne vous satisfait pas.

  3. Saisissez le Protecteur régional de l’élève, un recours indépendant et gratuit qui vous assistera dans la rédaction écrite de votre plainte et formulera des recommandations. La loi vous protège, vous et votre enfant, contre toute représaille pour avoir porté plainte.

En parallèle — et non à la place — vous pouvez porter plainte pour discrimination à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), qui dispose de trois ans après l’incident pour recevoir une plainte. La procédure scolaire vise à corriger la situation sur le terrain; la CDPDJ vise à faire reconnaître l’atteinte aux droits. Les deux sont complémentaires. (Voir nos guides détaillés « Profilage racial à l’école : la marche à suivre » et « Déposer une plainte à la Commission des droits de la personne ».)

Ce qu’il ne faut pas faire

Ne gardez pas vos échanges à l’oral seulement : un simple courriel récapitulatif après chaque rencontre vaut de l’or. Ne minimisez pas les signes de détresse de votre enfant (retrait, chute des résultats, refus d’aller à l’école); prenez-les au sérieux et cherchez du soutien. Ne restez pas seul face à l’institution : vous avez le droit d’être accompagné, et cela change souvent le ton des discussions. Et ne renoncez pas par découragement — chaque situation documentée compte, autant pour votre enfant que pour faire évoluer les pratiques.

Aborder l’année du bon pied

Tout ne se joue pas dans le conflit. Une rentrée solide, c’est aussi présenter votre enfant à son enseignant sous un jour positif, exprimer votre volonté de collaborer, et poser dès le départ des attentes claires. La grande majorité du personnel scolaire est de bonne foi. Connaître vos droits ne vous met pas en position d’adversaire : cela vous permet d’être un partenaire lucide, capable de reconnaître ce qui va bien comme ce qui ne va pas, et d’agir avec assurance le jour où c’est nécessaire.

LAKAY peut vous accompagner

LAKAY accompagne gratuitement et en toute confidentialité les familles immigrantes et racisées de Repentigny et de Lanaudière. Nous pouvons vous aider à préparer une rencontre avec l’école, à documenter une situation, à rédiger vos communications, à comprendre les étapes de plainte et, au besoin, à préparer un recours auprès du Protecteur de l’élève ou de la CDPDJ.

LAKAY
818, rue Notre-Dame, bureau 202, Repentigny (Québec)
Téléphone : 514 532-0484
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Ce texte fournit de l’information générale sur le droit en vigueur au Québec. Il ne remplace pas un avis juridique adapté à votre situation.