En octobre 2021, LAKAY publiait, avec l’appui de l’Observatoire des profilages (ODP), un rapport intitulé « Inertie municipale face au profilage racial à Repentigny de 2017 à 2021 ». Ce document rassemble et met en perspective une série d’incidents de profilage racial survenus à Repentigny, ainsi que les actions entreprises par les communautés noires pour les dénoncer. Cet article présente le rapport, son objectif, ses constats et la façon d’y accéder. (Pour la fiche de référence complète, voir notre page Rapport : l’inertie municipale face au profilage racial à Repentigny (2017-2021).)
Pourquoi ce rapport?
Le profilage racial n’est pas une accumulation de « malentendus » isolés. C’est un schéma. Le rapport de LAKAY est né d’un constat simple : à Repentigny, les témoignages de personnes noires interpellées, fouillées ou soupçonnées sans raison valable se multipliaient depuis des années, plusieurs étant même reconnus par les tribunaux — pendant que la Ville et son service de police tardaient à reconnaître le problème et à agir. Le rapport donne à ce schéma une forme documentée, une chronologie et une mémoire collective.
Publié dans un contexte électoral municipal, le document cherchait aussi à attirer l’attention des autorités et de la population sur un enjeu qui touche directement la qualité de vie et la sécurité des citoyens issus de la diversité. Son titre résume sa thèse centrale : le problème n’était pas seulement l’existence du profilage, mais l’inertie des instances municipales et policières devant des faits pourtant accablants.
Ce que le rapport documente
En s’appuyant sur une trame historique couvrant les années 2017 à 2021, le rapport retrace des situations médiatisées de profilage racial et les démarches — plaintes, décisions de tribunaux, mobilisations citoyennes — qui les ont suivies. Parmi les cas qui ont marqué cette période à Repentigny :
- François Ducas, enseignant noir, interpellé alors qu’il conduisait sa voiture; le Tribunal des droits de la personne a par la suite reconnu qu’il avait été victime de profilage racial de la part du service de police et a condamné la Ville et des policières à lui verser une indemnité.
- Leslie Blot, interpellé devant chez lui alors qu’il gonflait des jeux gonflables pour des enfants lors d’un rassemblement familial; son dossier a fait partie de plusieurs décisions favorables obtenues devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).
- Hèzu Kponwbié, interpellé dans un parc, accusé puis acquitté, après avoir ramassé un objet tombé au sol.
- Des cas plus anciens restés dans la mémoire de la communauté, comme celui de deux enfants noirs menottés et fouillés alors qu’ils jouaient dans un parc.
Le rapport rappelle aussi un fait marquant : une étude réalisée en 2021 révélait que les personnes noires avaient environ trois fois plus de risques d’être interpellées par la police de Repentigny que les autres citoyens. Comme le souligne LAKAY, ces témoignages publicisés ne représentent que la pointe de l’iceberg : la recherche montre à quel point les personnes victimes de profilage hésitent à en parler et à dénoncer ce qu’elles vivent.
Le cœur du propos : l’inertie
Au-delà des cas individuels, le rapport documente la réponse — ou l’absence de réponse — des autorités. Il rappelle par exemple qu’en 2018, alors que les médias relayaient de nombreux récits de profilage, la Ville et son service de police avaient tenu une conférence de presse sur l’intégration culturelle sans aborder frontalement la question du profilage racial, et annoncé un plan de rapprochement dont LAKAY questionnait la portée réelle. Le rapport met aussi en lumière la difficulté récurrente de la Ville à reconnaître les décisions rendues en faveur de citoyens victimes de profilage. C’est cette distance entre les faits établis et l’action concrète que le mot « inertie » cherche à nommer.
Une démarche ancrée dans les faits
La force du rapport tient à sa méthode : plutôt que de s’appuyer sur des impressions, il rassemble des situations rendues publiques, souvent déjà passées par les médias ou par les tribunaux, et les met en séquence. Cette approche historique permet de voir ce qu’un incident isolé ne montre jamais : la répétition, la constance des profils visés, et la lenteur des réponses institutionnelles. Le rapport reconnaît d’ailleurs ses propres limites — beaucoup de victimes ne portent jamais plainte, par crainte, par lassitude ou par méfiance envers le système. Les cas documentés ne sont donc qu’une fraction de la réalité.
Le document s’inscrit aussi dans un contexte plus large. Dès 2011, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse publiait un rapport majeur sur le profilage racial et la discrimination systémique des jeunes racisés, notamment en milieu scolaire et policier. Le rapport de LAKAY applique ce regard à l’échelle d’une seule ville, Repentigny, et sur une période précise, pour rendre le phénomène tangible et local. C’est cette proximité — des noms, des lieux, des dates que les résidents reconnaissent — qui en fait un outil de mobilisation efficace.
Repères chronologiques
Pour situer le rapport dans le temps, quelques jalons de la période qu’il couvre et de son prolongement :
- 2017 : plusieurs interpellations qui feront l’objet de plaintes et de décisions, dont celles de François Ducas et de Leslie Blot.
- 2018 : la médiatisation des cas suscite des remous à Repentigny; les autorités communiquent sur l’intégration culturelle sans aborder de front le profilage.
- 2021 (juin) : une étude révèle que les personnes noires sont environ trois fois plus susceptibles d’être interpellées par la police locale.
- 2021 (octobre) : publication du rapport de LAKAY, en pleine période électorale municipale.
- Depuis : les demandes de LAKAY se poursuivent, notamment celle d’une deuxième étude indépendante pour mesurer les changements réels.
À quoi sert ce rapport aujourd’hui
Le document demeure un outil de référence pour plusieurs usages :
- pour les citoyens, il montre qu’ils ne sont pas seuls et que leurs expériences s’inscrivent dans un phénomène reconnu;
- pour les journalistes, chercheurs et étudiants, il offre une chronologie documentée et un point de départ pour approfondir;
- pour les décideurs, il constitue un rappel des engagements pris et des attentes non satisfaites;
- pour la mobilisation communautaire, il sert de mémoire collective et d’appui aux revendications, notamment la tenue d’une nouvelle étude indépendante sur le profilage racial à Repentigny.
Accéder au rapport
Le rapport complet est disponible gratuitement sur le site de LAKAY, à la page Rapport : l’inertie municipale face au profilage racial à Repentigny (2017-2021).
Le rapport a été produit par Lakay Média avec l’appui de l’Observatoire des profilages (ODP). Pour une présentation détaillée par son auteur, on peut aussi consulter l’épisode de baladodiffusion consacré au rapport sur le site de l’Observatoire des profilages, où le président de LAKAY, Pierre Richard Thomas, en explique la démarche.
Pour citer le rapport
Lakay Média (2021). Inertie municipale face au profilage racial à Repentigny de 2017 à 2021, avec l’appui de l’Observatoire des profilages.
LAKAY poursuit le travail
Ce rapport n’est pas un point final : il s’inscrit dans un travail continu d’accompagnement des victimes de profilage racial et de plaidoyer pour des changements concrets. Si vous avez vécu une situation de profilage, ou si vous souhaitez utiliser le rapport dans un cadre citoyen, éducatif ou médiatique, communiquez avec nous.
LAKAY
818, rue Notre-Dame, bureau 202, Repentigny (Québec)
Téléphone : 514 532-0484
Site web : lakaymedia.org
Facebook : facebook.com/lakayrepentigny
Cet article présente un résumé du rapport à des fins de référence. Pour l’ensemble des faits, des sources et des nuances, veuillez consulter le rapport complet.
